Accoucher sans péridurale

Quand j’étais enfant, je rêvais de devenir sage femme. Je ne sais pas vraiment pourquoi avec le recul. Ce rêve a pourtant guidé toute ma scolarité. En classe de troisième, j’ai effectué mon stage de découverte auprès de la meilleure sage femme libérale au monde. J’ai eu le privilège de voir un accouchement naturel à domicile et dès lors, il était évident pour de vivre mes accouchements de cette manière.

Enceinte de mon premier enfant, j’ai tout de suite pensé à l’accouchement à domicile. Il en a été tout autrement. Déclenchement à 7 mois et demi pour cause de pré-éclampsie, péridurale, séparation avec mon bébé, néonatalogie, hospitalisation plus longue et médicalisation, rien de ce que j’espérais en somme!

Enceinte de mon deuxième enfant, je n’étais pas éligible à l’accouchement à domicile au vu de mes antécédents obstétricaux avec une grossesse classée ” à risque”. Mon seul moyen de me raccrocher à cet idéal d’accouchement physiologique était d’accoucher sans péridurale. J’en avais fait mon challenge.

Vers mon 7ème mois de grossesse, j’ai été prise d’un vent de panique. Je doutais de ma capacité à mener à bien mon projet. J’ai commencé à me poser beaucoup de question. Pourquoi vouloir accoucher sans péridurale? Après tout, qu’est ce que cela pouvait bien changer? Et si la douleur était bien trop insupportable? Et si je finissais par réclamer la péridurale? Et si j’échouais?

Je n’avais pas envie d’échouer. C’était un challenge personnel. J’avais besoin de ça je pense pour tirer un trait sur cet épisode de ma vie.

J’ai donc commencé à me renseigner sérieusement sur le sujet afin de mettre toutes les chances de mon coté. Je me suis inscrite sur des groupes Facebook où les témoignages et la réactivité des maman m’on beaucoup aidé. Sur youtube, je me suis régalée avec la chaine de la sage femme Aurélie Surmely. Ses conseils m’ont vraiment beaucoup aidé; je pense même que c’est grâce à elle que j’ai réussi mon challenge. Après avoir lu des témoignages et regardé pas mal de vidéos, j’ai retrouvé confiance en moi. J’étais persuadé que j’y arriverai. L’échec n’était pas une option. J’allais avoir très mal mais j’allais y arriver. J’avais mentalité la douleur à un point incroyable. Je savais qu’elle serait atroce, je la ressentais par avance. Ce serait terrible, c’était sur.

La grossesse me semblait interminable. J’étais complètement déprimée dans les derniers jours, au point de penser que je n’accoucherais jamais. Dès le 8eme mois, je commençais à avoir des épisodes de faux travail. Le samedi 21 octobre au soir, j’étais dans un bar à burgers en pleine déprime disant à monsieur que je n’accoucherai jamais, pour sûr. Je m’imaginais enceinte toute ma vie, complètement énorme et impotente, au summum de mon état dépressif.

Le lendemain matin, à 6h, j’ai commencé à avoir des douleurs de règle toutes les 5 minutes. Étrange. J’avais à peine mal, un peu comme un début de règle. Ça ne pouvait pas être le vrai travail, c’est sur. J’aurai eu bien plus mal tout de suite.

7h. Les douleurs sont persistantes mais largement supportables. Je décide néanmoins de me lever pour prendre une douche. Je préviens monsieur encore endormi qu’il se passe quelque chose d’anormal.

8h. Les contractions persistent toutes les 5 minutes en s’intensifiant à peine. Je pianote sur mon ordinateur en écoutant de la musique avec un bon thé chaud en compagnie de l’amoureux au salon. Ce que l’on est bien!

9h. Les douleurs s’intensifient mais restent supportables. Monsieur est quand même bien moins rassuré que moi. Il préfère prendre le chemin de la maternité.

9h20. Nous partons pour la maternité.

9h45. Je suis examinée. Mon col est dilaté à 3cm+. J’explique à la sage femme que je souhaite accoucher naturellement. Elle est parfaite. Elle s’en va, nous laissant dans notre bulle avec monsieur tout en nous signifiant que nous pouvons la solliciter au moindre besoin.

Je me souviens alors de toutes les informations emmagasinées pendant mes recherches du dernier mois. Pour faciliter et accélérer le travail, je prends une douche bien chaude. L’eau chaude me détend et m’aide à gérer les contractions. Dans la douche, je suis sur un ballon à faire des mouvements circulaires avec le bassin. Je continue ce mouvement hors de la douche, toujours sur le ballon.

J’avais lu que la verticalité et le mouvement aidaient à accélérer le travail.

Les mouvements sur le ballon me permettaient de réunir ces 2 facteurs.

Pendant tout ce temps, nous sommes dans une bulle incroyable de bien être avec monsieur. Nous écoutons de la musique tout en regardant des photos de vacances sur mon ordinateur. Nous n’étions plus dans la chambre, nous étions en voyage dans nos souvenirs. C’était beau, c’était bon. C’était parfait.

11h. La douleur se fait plus intense. Je ne peux plus rien faire lorsqu’une contraction se présente. Pour me soulager, monsieur exerce des pressions sur mon bassin à chaque contraction. L’antalgie est à la fois physique et morale.

12h. J’ai mal. Je ne peux plus rester assise sur le ballon. Je m’allonge, j’appelle la sage femme. Mon col est ouvert à 7. Wow. Nous passons en salle de travail, à pied. Traverser le couloir est une vraie torture. J’ai mal.

Nous arrivons dans la salle nature. Je me remets sur le ballon, monsieur est toujours derrière moi à exercer des pressions sur mon bassin à chaque contraction. Cela m’aide mais ne suffit plus à supprimer la douleur. Je tremble, mon corps entier est comme en transe. J’ai envie de vomir, je n’ai plus de force. J’ai envie de pleurer mais je n’en ai même pas la force. Je doute. Je me demande, et je lui demande pourquoi ai-je voulu me lancer ce challenge débile. Je doute sérieusement. Monsieur prend le relai moral en me disant que j’avais mes raisons pour me lancer dans ce challenge, que je vais y arriver. Son discours m’aide mais j’ai beaucoup trop mal pour l’écouter. Je perçois uniquement la musique; je chante même. J’entends le son grave de sa voix, et je sens la chaleur de ses bras dans lesquels je m’effondre entre 2 contractions car je n’ai plus la force de tenir. La sage femme nous apporte des draps chauds que monsieur pose sur mon bassin. Le soulagement est incroyablement magique!

12h45. Je ne tiens plus, je demande à m’allonger même si je souhaitais accoucher accroupis. J’ai bien trop mal et je suis beaucoup trop faible pour rester assise sur le ballon. La sage femme m’examine. Je suis à dilatation complète. Okay!!!!

Je sens que mon bébé pousse, j’ai envie de pousser. La sage femme me demande de ne pas pousser mais de laisser faire la nature et d’accompagner simplement la progression de mon bébé. Je la vois s’installer doucement et je panique. “Vous êtes prête ou quoi”, lui ai-je lancé. J’avais l’impression que mon bébé allait sortir d’un instant à l’autre et j’avais cette envie irrépressible de pousser.

13h. Ok, on va essayer de pousser me dit la sage femme. Je ne le sens pas. J’ai peur. Je l’informe de ma peur. J’avais peur de ne pas réussir à pousser, peur tout court. Elle me rassure mais je n’entends rien de ce qu’elle me dit. Je suis cependant rassurée. Je pousse. On voit les cheveux du bébé, toujours dans la poche des eaux.

13h04. Victoire Anaé est née. Je pleure de soulagement et de bonheur de rencontrer enfin ma fille. Ce moment est indescriptible tant il est magique. C’est de la pure folie quand on y pense, non?

 

Plus que le fait d’avoir accouché sans péridurale, je retiens la relation fusionnelle que nous avons eu avec le papa de Victoire pendant ces quelques heures de travail. J’ai l’impression qu’il a accouché avec moi et qu’il m’a aidé à porter la douleur. Étrangement, avoir réussi à accoucher sans péridurale n’est rien par rapport à ce doux souvenir!

6 comments

  1. Ton récit m’a donné les larmes aux yeux.
    Superbe, tu es une femme très forte et qui va au bout de ces décisions !

    1. Merci beaucoup ma chère Lindsay! Je ne sais pas si je suis une femme forte mais j’essaie d’aller au bout des choses pour ne pas avoir de regret. Parfois, c’est bien. D’autres fois, c’est moins bien mais j’essaie toujours. Je sais que tu es forte aussi et que peut importe ce que tu vis, tu y arriveras!

  2. Bravo Fabienne, superbe témoignage.
    J’ai personnellement déjà très peur avec péridurale, je ne sais pas comment tu as fais sans ! C’est formidable !

    1. Bonjour Lina!
      Olala, je suis tellement désolée et frustrée de répondre si tardivement. Dois-je comprendre qu’il y a une bonne nouvelle derrière ton commentaire?
      En fait, pour l’accouchement sans péridurale, c’était vraiment un projet, un challenge personnel. Je pense que c’est pour ça que j’y suis arrivé. Et aussi parce que j’en ai beaucoup parlé autour de moi. Ça m’a aidé à verbaliser mes peurs et à trouver des solutions. Je pense que je n’y serai pas arrivé si je n’en avais pas parlé car ça m’a aidé à avoir confiance. Il y a aussi le fait que j’ai une assez bonne résistance à la douleur en tant naturel. J’imagine que ça aide.
      Sais tu si c’est le fait d’accoucher qui te fait peur ou le fait d’avoir mal?
      Bisous!

  3. Très joliment raconté. Et surtout le rôle du conjoint, qui soutient quand on craque…
    J’avais lu un livre très bien documenté sur le rôle des hormones durant les différentes phases de l’accouchement, et finalement comment elles aident la mère, le bébé et surtout à atténuer la douleur : “J’accouche bientôt, que faire de la douleur ?” Grâce à ce livre peut-être et à la conviction que c’est possible et ce qu’il y a de mieux pour un accouchement physiologique, j’ai pu accoucher 2 fois sans péridurale. Prévenir l’équipe médicale de notre projet est aussi ce qui le rend possible : aucune pression de l’équipe, ça aide à tenir.

  4. Je suis juste super impressionée par ta détermination et ton courage.
    Je te suis sur instagram depuis quelques temps. Aujourd’hui j’ai décidée d’aller voir sur ton blog, et découvrir d avantage qui se cache derrière ses superbes photos minimaliste. Et je dois dire que le détour en vaut largement la peine. Tu contes si bien les petites histoires de ta vie que j ai eu l impression de lire un livre. (ce que je n ai pas fais depuis bien longtemps d ailleur.) un cours instant, J ai eu l impression de mettre téléporter le jour de ton accouchement et de resentir ta douleur puis le soulagement après la délivrance et le bonheur ressenti lorsque tu rencontres Victoire Anaé. Merci pour ce moment de lecture si émouvante.

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